Avec son projet Opéra Promenade (concept imaginé par Charlotte Nessi avec l’Ensemble Justiniana), le Théâtre Edwige-Feuillère de Vesoul réalise-t-il une utopie pottechérienne (lire par ici…) ? En tout cas, il amène l’opéra à toutes les populations, à tous vieux (jeunes, très jeunes, enfants), à domicile dans des villages qui comptent en général moins d’habitants qu’ils ne reçoivent de spectateurs – ici ce soir à Genevrey (70) – dans une production de grande qualité et à un tarif accessible à toutes les bourses de 14€. En tout état de cause, si ce n’est pas pottechérien, c’est à tout le moins une mission de Service Public, dans toute ce que le Service Public peut avoir de noble.

Ainsi cette saison Carmen est-elle la vedette, mais pas exactement la Carmen de Bizet puisque la revisite est presque totale avec une relecture moderne féministe via l’ajout de 2 narrateurs (le bon Teddy Bogaert et l’excellente Perrine Livache) mêlant leur histoire personnelle actuelle à celle des principaux protagonistes et le choix exprimé de ne pas vouloir jouer la mort de Carmen. Le spectateur n’est d’ailleurs pas trompé puisque le titre exact est Carmen, oiseaux rebelles, de Georges Bizet, Catherine Verlaguet, Olivier Letellier, Gilles Dumoulin, Didier Puntos.
A la musique, là encore de la nouveauté avec une transcription totale signée Gilles Dumoulin pour percussions et piano, en l’occurrence les 5 percussionnistes et leur bonne quinzaine de xylophones/vibraphones en tous genres des Percussions Claviers de Lyon et le piano de Didier Puntos. Plutôt pas emballé par l’idée au moment de l’achat des places, j’avoue avoir été retourné dès les premières notes pour ne plus avoir aucune restriction sur ce choix.
N’oublions pas les chœurs enfin, ceux de L’Atelier Chant du Théâtre Edwige-Feuillère, amateurs peut-être, mais excellents.

En 4 stations à travers Genevrey – dans la rue devant l’église, devant la Mairie pour un tableau d’une esthétique superbe, devant le cimetière et dans la rue devant l’église à nouveau, cette fois transformée en arène – les 4 protagonistes principaux et les 2 narrateurs nous proposent donc cette nouvelle lecture, passionnante il faut le dire. La qualité du casting est sans réserve : Marie Le Normand en Carmen et Elsa Roux Chamoux en Micaëla (on en redemande) pour les femmes, Luc Dhenin en Escamillo et surtout Arthur Pérot en Don José pour les hommes emballent l’auditoire.

Ce Carmen, oiseaux rebelles vous l’aurez compris est à ranger au rayon des réussites qui prouvent deux choses : 1/ que quand on travaille bien et qu’on y met un minimum de moyens il est possible de revisiter certaines oeuvres pour les moderniser sans les abimer et 2/ que les deniers publics, quand ils sont utilisés comme cela, ne sont jamais perdus.
Merci aux Opéras Promenades de Vesoul de nous le rappeler.

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