Vite… Écrire… Écrire dans l’urgence parce que l’on ne sort pas indemne d’un tel spectacle. Parce que quand on a la chance – le privilège – de voir une telle œuvre qui plus est dans le lieu pour lequel elle a été créée, accessoirement pour un tarif plus que raisonnable, il faut le dire le plus haut possible, le hurler le plus fort possible et crier sa rage qu’elle ne se joue pas à guichet fermé, bien que la salle affichât tout de même une belle jauge !
Ainsi donc hier était la « journée Bussang », la « journée Théâtre du Peuple » même puisque j’avais fait le choix d’y voir entre 11 heures et 22 heures l’intégrale de Hériter des Brumes, la folle histoire du Théâtre du Peuple, le feuilleton théâtral de 6 épisodes et d’une durée de près de 7 heures signé Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi.
Le pitch est simple : c’est l’histoire du Théâtre du Peuple, de l’utopie de Maurice et Camille Pottecher, de ce qu’elle a été hier, de ce qu’elle est aujourd’hui 130 ans, 2 guerres et de multiples crises plus tard et de ce qu’elle sera demain. C’est aussi l’occasion de mettre en lumière celles et ceux qui ne l’ont pas été pendant très longtemps, en premier lieu Camille (merveilleuse Raphaêlle de la Bouillerie), longtemps dans l’ombre de son mari, Germaine Kiener, administratrice et intendante ou encore Pierre Richard-Wilm (Axel Godard, bluffant). En quelque sorte savoir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va…

A ceux que le format pourrait effrayer, n’ayez crainte : mise en scène (Julie Delille) et scénographie (Clémence Delille, Julie Delille, Élise Villatte) se chargent d’être suffisamment créatives et originales pour vous émerveiller tout au long des 6 épisodes. On joue dans tout le site, au milieu des spectateurs, dans les allées, dans les deux espaces sur les côtés et bien entendu aussi dans la forêt qui est savamment utilisée tout au long de ce chef d’œuvre-fleuve et au milieu de laquelle trône Fagus. On repositionne également très régulièrement les scènes dans le temps afin de ne perdre personne en route. Bref ! On s’occupe de tout pour notre bien-être.
Pareil pour les lumières (Rosemonde Arrambourg, Florent Jacob, Elsa Revol, Mathilde Robert, Maureen Sizun Vom Dorp) qui utilisent au maximum la lumière naturelle dans les interstices du théâtre, les jeux de miroirs ou encore la pénombre, voire le noir.
Pour les costumes de ces acteurs qui jouent tous plusieurs personnages, un accessoire suffira pour les faire basculer de l’un à l’autre, comme cette veste verte qui permet à l’épatant Benjamin Pourchet de devenir ou redevenir Jean, le fils de Maurice Pottecher.

Tout cela serait vain si cela n’était pas porté par un casting de luxe respectant bien entendu la sacro-sainte règle d’origine d’un mélange entre comédiens professionnels et comédiens amateurs qu’on a d’ailleurs pour certains du mal à différencier. Si l’on a déjà parlé de Raphaêlle de la Bouillerie, Axel Godard ou Benjamin Pourchet, on ne saurait oublier le Maurice Pottecher d’Antoine Sastre plus en subtilités ou encore Monique Cordella, Quentin Dupetit, Charlotte Gérard, Jennifer Halter qui complètent ainsi une distribution 4*.
Vous l’aurez compris : on apprend, on réfléchit (tout cela serait-il possible aujourd’hui ? Quel est le devenir de cette utopie ?), on sourit beaucoup, on rit souvent, on pleure aussi (les décès de Jean puis Camille Pottecher sont déchirants). C’est bien simple : tous les partis pris sont gagnants et font de cet opus un évènement théâtral majeur. Cet Hériter des Brumes, la folle histoire du Théâtre du Peuple devrait être déclaré d’utilité publique.
A l’heure de la sortie en salle des 2 films sur de Gaulle, il est tellement bon de se souvenir que certains ont été porteurs d’une vision allant bien au-delà du petit bout de leur lorgnette, à l’image de cette devise des Pottecher créée dès l’origine de ce théâtre et d’une incroyable puissance : « Par l’art, pour l’Humanité ».




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