Le théâtre, c’est comme la cuisine : il y a la cuisine du quotidien, la cuisine du dimanche, la cuisine des jours de fête et celle des tables étoilées. N’y voyez aucun jugement de valeur, toutes sont respectables pour ce qu’elles apportent. Eh bien ce soir, avec Bruno PUTZULU dans Les Ritals, on était dans un 3*** au Guide Michelin.
Il y a tout d’abord ce texte de François CAVANNA dans lequel celui qui a tant fait pour les magazines satiriques Hara-Kiri et Charlie nous raconte sa jeunesse avec ses parents (un maçon italien dur au mal mais terriblement sensible et une femme de ménage française pas du genre à montrer ses sentiments), ses bêtises avec ses copains, son dépucelage, sa fugue, son amour de la lecture mais aussi son sentiment d’être traité comme un étranger par les français ou comme un français par les Ritals. Au final, ce qu’il nous raconte surtout, c’est l’admiration qu’il porte à son père. C’est truculent, jamais vulgaire. Et pour les gens de ma génération, on a un peu l’impression que c’est la jeunesse de nos grands-parents qui défile.
Il y a ensuite Bruno PUTZULU puisqu’à travers ce récit parfois au présent, parfois au passé, c’est également à son propre père originaire de Sardaigne que l’acteur souhaite rendre hommage. Comme il le déclarait à l’automne 2022 à France Inter : « Mon père venait de mourir. Le hasard fait que j’étais abonné à une revue franco-italienne radicale qui parle de culture, de politique et que le directeur de cette revue m’a demandé de faire une lecture d’un quart d’heure des Ritals, accompagné d’un accordéoniste. C’est à partir de cette lecture que j’ai décidé de faire cette adaptation. Plutôt qu’écrire sur mon père, j’ai décidé d’adapter le roman de Cavanna, car il écrit quand même bien mieux que moi. »

Le Chef 3*** que j’évoquais plus haut, c’est bien lui. Disons-le tout net : il est magistral. Qu’il fasse le père, la mère, la mère maquerelle, la pute, les copains, qu’il chante Fréhel ou Piaf, dans le rire comme dans l’émotion, il est parfait. Pas un geste de trop, pas une exagération, pas une once de superflu. 9 ans de Comédie Française que voulez-vous, ça laisse des traces et c’est bien une Ferrari que nous voyons évoluer devant nous, une horlogerie suisse. Ajoutez à cela une très subtile mise en scène signée Mario PUTZULU et une superbe musique de Grégory DALTIN délivrée ce soir par Aurélien NOEL et vous avez le grand vin qui sublime le plat.
Et où croyez-vous que tout cela se passe ? A Castelnau, au TRAC Théâtre, dans cette petite salle de 50 places. Quel luxe de pouvoir profiter de ça juste devant nous, à 3 mètres à peine, une proximité qui multiplie par 10 l’émotion ressentie. Quel luxe, oui.
Vous l’avez sans doute compris depuis les premières lignes : avec des ingrédients de la meilleure qualité, un Chef étoilé, un grand vin et le meilleur des écrins, la soirée ne pouvait être qu’exceptionnelle et elle l’a été. C’est pour ça que le spectacle vivant est tellement important.
Profitez de la chance qui s’offre à nous et courez au TRAC vendredi ou dimanche pour ne pas la laisser passer !

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