Soit parce que c’est une contrainte technique, soit c’est parce que c’est un choix du metteur en scène il arrive dans certains spectacles que les acteurs soient déjà sur scène au moment de l’ouverture des portes. Il paraît alors évident au premier spectateur venu qu’il n’est pas obligé de se comporter comme un goujat, de faire un bruit pas possible, de hurler ses dernières histoires d’amour foireuses à sa voisine, de saluer d’autres personnes à 3 rangs d’intervalle et j’en passe et des meilleures. En tout cas, il devrait lui paraître évident ! En tout cas il aurait dû lui paraître évident ce soir… Remarquez, un de ceux qui braillent m’est tranquillement passé devant à la billetterie sans même se rendre compte de mon existence. On est un goujat ou on ne l’est pas et si on l’est, on ne l’est pas à moitié. A quel moment de votre vie allez-vous vous rendre compte que vous n’êtes pas seuls au monde ? A quel moment vous allez fermer vos p*** de bouches, juste par respect pour l’acteur sur scène ou pour les autres spectateurs ? Si j’avais été ce dernier, j’aurais été à deux doigts de me lever et d’envoyer tout ce petit monde au Diable avant de quitter la scène !
Une fois digérées – difficilement – ces incivilités, la pièce commence et la magie opère. La magie c’est cette histoire, celle du tout petit prince minuscule, celle d’un homme tout petit forcément en souffrance dans un monde trop grand, celle d’un homme sans doute déficient intellectuel mais dont l’acuité des sentiments dépasse tout surtout lorsqu’il découvre l’amour, celle d’un homme incandescent.

La magie, c’est aussi ce texte d’Yves CUSSET. Ce texte incroyable, déchirant, bouleversant. Quel rythme et quelle force. Quelle justesse surtout. C’est drôle, triste, léger ou profond, tout ça à la fois ou en alternance.
La magie, c’est enfin Ernaut VIVIEN. Seul sur scène, il ne joue pas le rôle du tout petit prince, il EST le tout petit prince. De la première à la dernière seconde, il enchaîne toutes les facettes de ce personnage tour à tour tout en retenue puis en puissance, tendre puis drôle mais toujours bouleversant. Lui aussi semble avoir la sensibilité exacerbée.
Le temps est suspendu, le silence – le vrai silence, celui que seuls le théâtre ou l’opéra peuvent provoquer – s’est enfin fait. Le tout petit prince est peut-être minuscule mais l’oeuvre est majuscule et le moment suspendu…

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