Qui m’aime me suive !
Coups de coeur, coups de gueule, critiques et autres avis tranchés sur à peu près tout

Intemporels HUGO-SCHÖNBERG/BOUBLIL

J’ai eu la chance que mon père porte un grand intérêt au travail de Claude-Michel Schönberg puisque c’est cela qui m’a donné la chance, il y a exactement 46 ans, qu’il m’emmène au Palais des Sports de Paris (désormais rebaptisé Dôme) assister à la création de Les Misérables dans une mise en scène signée Robert Hossein, excusez du peu ! Depuis, même si l’œuvre est devenue avec 130 millions de spectateurs la comédie musicale française la plus jouée dans le monde, elle est restée relativement inédite dans son pays d’origine. Nul n’est prophète en son pays, c’en est une nouvelle preuve.

Cette production 2026 que l’on doit au Théâtre du Chatelet et qui entame sa tournée par Lyon était donc une trop belle occasion de remettre le couvert pour ne pas la rater. Alors, me direz-vous ?
Alors autant commencer par les choses qui fâchent, comme le fait que les deux rôles principaux de Jabert et Jean Valjean soient confiés aux deux voix les plus discutables du plateau. Sébastien Duchange et surtout Benoît Rameau, à mon sens toujours trop fragile dans les aigüs et parfois difficilement audible pour donner l’épaisseur nécessaire à son personnage ne parviennent que modérément à convaincre. Ils sont d’ailleurs gentiment chahutés au moment des saluts…
Comme aussi ce rideau de tulle séparant pour des questions de contraste l’avant et le fond de la scène dont use et abuse Ladislas Chollat. Un peu, ça va. Beaucoup, ça va moins bien !

Voilà pour les réserves majeures. Pour le reste, mention très bien aux costumes de Jean-Daniel Vuillermoz et aux lumières signées Alban Sauvé. Les décors d’Emmanuelle Roy ont un côté plus pratique qu’esthétique mais certaines scènes sont d’une réelle beauté : les barricades, le suicide de Javert, la mort de Valjean, l’auberge des Thenardier
La distribution vocale, dans ses autres rôles, est d’excellente facture, à commencer par Juliette Behar qui livre une Éponine d’une grande sensibilité et Mickaël Alkemia un Enjolras au contraire d’une grande force. Louis Buisset campe un Évêque de Digne d’une noble présence, Harold Simon convainc pleinement en Marius, tandis que le duo Christine BonnardDavid Alexis compose des Thénardier irrésistibles, aussi précis vocalement que théâtralement. Leur triomphe final à l’applaudimètre est amplement mérité. Les chœurs, enfin, impressionnent par leur cohésion et leur puissance.

Et puis il y a l’essentiel. Le livret d’Alain Boublil, légèrement revisité, et la musique intemporelle de Claude-Michel Schönberg. Si le chef-d’œuvre de Victor Hugo n’a pas pris une ride, son incarnation musicale non plus. Comment faire ?, à la volonté du peuple, comme un homme, un peu de sang qui pleure, c’est la faute à Voltaire, le grand jour… Ces chansons conservent intact leur pouvoir émotionnel. Certaines sont devenues des classiques universels, d’autres bouleversent aujourd’hui avec la même intensité qu’en 1980

Malgré les réserves initiales, ne manquez pas l’occasion de voir ce grand spectacle de plus de 3 heures avec près de 60 chanteurs et musiciens sur scène ! Certaines œuvres ne vieillissent pas, elles patientent. Et lorsque le rideau se lève à nouveau, elles respirent avec la même force qu’au premier soir. Courrez voir Les Misérables !

Laisser un commentaire