Une phrase dans la feuille de salle avait attiré mon attention : « Ce puzzle donne à Absalon, Absalon ! un suspense, non pas narratif mais un suspense en spirale » … En fait d’avoir attiré mon attention, cette phrase aurait dû me faire peur, cette peur que j’ai ressentie au bout de 10 minutes à peine : Dieu que la soirée va être longue !
Si on cherche un peu ce qui a été écrit sur cette mise en scène signée Séverine Chavrier de l’œuvre de William Faulkner on trouve en vrac « expérience » et « écriture hallucinée » chez La Terrasse, « pièce monumentale », « vertige et effroi » chez Télérama ou encore « marathon multimédia » et « scénographie hystérique » chez Un fauteuil pour l’orchestre. Parce que c’est bien là que le bât blesse : la forme prend le pas sur le fond.

Sous le grand écran qui prend une bonne partie de la largeur de la scène, les différents espaces représentant les différentes familles et les différents endroits évoqués dans le livre sont finalement peu exploités, au contraire des 2 voitures présentes également sur le plateau ou des images filmées en direct sous lesquelles on croule sans interruption. L’ensemble est en général dans la pénombre, si ce n’est dans le noir et l’essentiel de la pièce ne se voit finalement pas ailleurs que sur l’écran. La musique – jouée la plupart du temps en live par le bassiste Armel Malonga – prend elle aussi beaucoup, « très beaucoup » de place. A l’inverse du texte qui disparaît parfois. En encore passé-je sous silence le serpent, les deux dindons, la pluie de canettes de Coca…
A vouloir ne livrer que des « éclats » du roman de Faulkner pour ne pas tomber dans la simple narration comme elle l’assume elle-même, Séverine Chavrier ne parvient pas à éviter les longueurs et les boursouflures. On sature vite et on décroche sans plus jamais raccrocher.
C’est fait avec talent, c’est presque expérimental et c’est sans doute du génie à côté duquel je passe mais quand la forme prime sur le fond, trop c’est trop et bien que moi-même très radical je n’ai plus l’âge de m’imposer de telles souffrances : comme une bonne quinzaine d’autres personnes, la pause me libère au bout de 90 looooooooooogues minutes. Ouf !

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