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Libre, avec un « grand L » comme « Lalanne »

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Le lieu déjà – le bar-PMU-cabaret « Le Marseillais » à Avignon – est emblématique : un des plus anciens bars de la ville, un endroit cosmopolite qui abrite en plus depuis 3 ans une scène de cabaret, une scène offerte par la copatronne Lily aux artistes pendant le Off.
La date maintenant : le 7 août, soit la veille de l’anniversaire de Francis Lalanne. On sent déjà qu’on va le passer ensemble, ce 67ème anniversaire !

L’artiste enfin : Francis Lalanne himself ! Celui dont on sait que tout est possible en concert, dont on sait d’ailleurs que le format lui-même de la soirée est par principe inconnu, dont on sait que le concept de set-liste est totalement étranger. C’est « comme tout le monde » par l’entrée du bar et avec une grosse valise contenant ses livres qu’il arrive, se faufilant parmi les 90 sièges garnissant le petit établissement qui avait pour l’occasion poussé les murs. Une fois installé sur le tabouret haut qu’il ne quittera jamais excepté pour une série au piano, c’est à un formidable voyage de plus de 4h30 qu’il va pourtant entraîner les heureux présents. Les ébauches de sa traduction de « Suzanne » de Léonard Cohen, « Vivre heureux ensemble » qu’il exhume avec l’aide de son assistant Julien et de son portable pour les paroles, « Pleure un bon coup ma p’tite Véro »… Les titres s’enchaînent avec bien entendu autant d’échanges avec son public que de musique. C’est drôle, touchant, parfois rock comme avec « Des mains de chômeur », parfois bluesy avec « La pute que j’aime », parfois terriblement émouvant comme « Isabelle » qu’il termine en larmes… A peine minuit passé, c’est l’heure de son anniversaire que toute la salle lui fête chaleureusement et qu’il célèbre symboliquement avec « J’ai 20 ans ». Les tubes ne sont pas ignorés non plus, même s’ils ne constituent qu’une toute petite partie de la soirée. Ainsi peut-on entendre avec un plaisir non dissimulé « Fais-moi l’amour pas la guerre », « La maison du bonheur » et l’incontournable « On se retrouvera » qui signe comme il l’avait annoncé la fin du spectacle.

La fin ? La « 1ère fin » plus exactement puisque c’est maintenant l’heure de la poésie. Une petite leçon sur ce qu’est un sonnet, un exemple shakespearien (sublime d’ailleurs) et ensuite tout plein d’exemples signés de lui-même et tirés de ses différents livres.
Et puis tiens, si on chantait encore un peu ? Ça repart cette fois avec du Joni Mitchell, du Calvin Russell et du… Francis Lalanne, y compris sur une petite série a capella. Cette fois-ci, c’est vraiment la fin, une fin qu’il célèbre en faisant revenir une nouvelle fois Julien pour l’accompagner à la voix et au piano. Pitchounette (sa première guitare qui date de 1970 dont il nous a raconté l’histoire en ouverture, qui produit un son incroyable et dont on comprend qu’il n’ait jamais voulu s’en séparer) peut se reposer. Il est près de 2 heures du matin mais le temps est passé sans que l’on s’en rende compte, perdus que nous étions dans l’émotion d’un moment suspendu, non formaté, en hors-piste permanent, d’un grand moment de sincérité.

Alors bien sûr, ne refusons pas l’obstacle, ne tournons pas autour du pot : j’en vois d’ici certains qui se bouchent le nez en mode « ouiiiii mais la Russie…, ouiiiii mais Dieudo…, ouiiiii mais ses positions parfois peu défendables… ? »
Oui il y a une part de Francis Lalanne qui fait de la politique. Et quand il en fait c’est comme le reste : même si c’est en vers, il ne donne pas dans la demi-mesure. Mais contrairement à mes craintes initiales, ce n’est pas du tout la majorité de la soirée, loin de là. D’ailleurs, quand il est l’heure de quelques saillies bien senties sur le Président ou sur l’actualité, on n’est pas non plus sur une standing-ovation ou sur une ambiance meeting politique. Quelques fans bien sûr mais la majorité des présents en mode applaudissements polis. On adhère peut-être, en tout cas on laisse l’homme libre de ses choix. Surtout, il faut bien se résoudre à l’évidence et c’est la meilleure des nouvelles : c’est l’artiste que nous sommes venus voir !

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