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Baudelaire, Bruno, la prostitution, l’accordéon et la Boum : Avignon, jour #2

C’est Baudelaire qui ouvre cette 2ème journée avec « Les Fleurs du Mal, petit-déjeuner poétique » au Chapeau-Rouge. Une heure des poèmes de Charles Baudelaire mis en scène par Jean-Baptiste Sieuw, interprété par un quatuor composé de lui-même et 3 récitantes desquelles on ressortira sans hésitation Léa Duquesne. Un moment hors du temps, doux, précieux dans tous les sens du terme, décalé et idéal pour débuter la journée.

Cette journée étant essentiellement réservée aux spectacles découverts par tractage et aux surprises (la programmation c’est bien mais il faut aussi savoir se laisser séduire), c’est à Bruno Romuald que revient le deuxième créneau de notre programme. Bruno qui ? Laissez tomber, il monte sur scène pour la première fois et vous ne le connaissez pas. Mais il nous avait tracté la veille de manière fort dynamique et sympathique et au final, son one-man l’est tout autant que lui. Le pitch ? Sa vie (il a 64 ans) et les choix qu’il a été amené à faire. Tout cela fleure bon les années 70-80 et surtout, tout cela est arrosé de musique. C’est simple, sans prétention, interactif, sympa comme le bonhomme. Nickel.

Deux salles, deux ambiances : on enchaîne avec la prostitution étudiante ! On parle ici de « J’aimerais arrêtée » de François Wioland. Cette pièce, tirée d’une histoire vraie, c’est la retranscription des mails échangés entre Sonia, une étudiante qui se prostitue et François, le bénévole qui est son contact dans une association. L’exercice scénique est difficile car donner du sens à ce qui n’est finalement qu’une lecture de mails… Pourtant, Aliocha Itovich et Charline Fréri parviennent à nous tenir en haleine en mode crescendi jusqu’au climax final bouleversant qu’on ne dévoilera pas : Sonia va-t-elle se suicider ? S’en sortir ? Tomber amoureuse de François ? La mise en scène, tout en finesse elle aussi, sert l’ensemble et à la fin on comprend deux choses : la raison pour laquelle la faute de grammaire du titre a été symboliquement conservée et le prix de la mise en scène attribué sur le plateau pour cette création à Violaine Arsac.

Même lieu – la Luna – mais de la musique cette fois avec « Oum pa pa, opus 2 », autrement dit la rencontre entre l’accordéon de Sophie Aupied-Vallin et la musique classique, celle des flûtes traversières et piccolos de Deniz Ünel et Fanny Laignelot ou encore l’alto de Maëva Laignelot. Les airs les plus connus sont alors revisités avec un humour décapant – mais une qualité musicale jamais prise en défaut – pour prouver à ceux qui en douteraient encore que l’accordéon a tout à fait sa place dans un tel ensemble. Ajoutez à cela – c’est la cerise sur le gâteau de cet « opus 2 » la voix de Deniz Ünel, superbe soprano, et c’est le triomphe assuré.

On termine cette journée bien dense à l’Essaïon avec une séquence revival et Pénélope. Oui, celle de « La Boum », la copine de Vic. Son interprète, Sheila O’Connor, y joue le rôle de sa propre vie, ses envies de cinéma et sa grande débrouillardise, nous racontant comment ce rôle l’a marquée mais surtout comment elle a dû se construire sans jamais se renier, quelque soit le prix à payer. Avec Bertille Mirallié qui joue Sheila O’Connor jeune, elle nous livre un récit autobiographique attendrissant qui force le respect.

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