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La faille, Peter Pan, Le bip sonore, Scarlett et Offenbach : Avignon, jour #1

Allez c’est parti pour le Off 2025 d’Avignon. Et d’entrée, sur la 1ère pièce du matin : la claque ! La grande claque dans la gu*** avec le « Jamais » de Matthieu Poulet à la Factory – Tomasi. Clown blafard au maquillage dégoulinant, Peter Pan se réveille dans une chambre poussiéreuse. Mais voilà : il a 45 ans… Tiré du livre de Kathleen Kelley-Lainé « Peter Pan ou l’enfant triste », l’histoire émeut par son originalité parce que l’on y croise (ou pas) Wendy, des crocodiles, une psy, de la drogue et plein d’autres choses encore plus loufoques mais plus profondes les unes que les autres. Matthieu Poulet occupe avec un talent fou toute la scène et l’ensemble est sublimé par un tryptique qu’on ne peut pas dissocier mise en scène au cordeau co-signée Matthieu PouletHamideh Doustdar, lumières de François Decobert et costumes de Patrick Cavalié. Un esthétisme incroyable qui ne prend pas le pas sur le fond mais qui se met à son service. Ça commence fort !!

Deuxième choix de la journée avec « Après le bip sonore » au Train Bleu. Dans ce seul en scène quasi-muet, Elsa Couvreur nous démontre par l’absurde la mainmise de la technologie – ici un répondeur automatique chargé d’orienter les appels – sur nos vies, voire sur nous-même. Dans un comique de répétition osé et ambitieux inspiré de Black Mirror, la chorégraphe et cofondatrice avec Iona D’Annunzio du collectif Women’s Move brille par la subtilité et la finesse de son interprétation. Ici un quart de demi sourire, là un battement d’œil, là encore une épaule qui se lève… Comme toute danseuse qui se respecte, tout est chorégraphié au millimètre. Un résultat aussi brillant que son interprète.

On enchaîne avec la 3ème sélection de ce 1er jour : « Scarlett O’Hara, la dernière conférence de presse de Vivien Leigh » au Petit Louvre. Sa vie, ses amours, ses désirs de théâtre, ses ambitions, Vivien Leigh nous raconte tout ou presque. Et Vivien Leigh, c’est Caroline Silhol. « L’immense Caroline Silhol » devrais-je dire tant celle qui tourna avec Truffaut, Verneuil, Corneau, Blier, Resnais, Mocky, Chabrol ou Enrico – excusez du peu – brille de mille feux sur les planches. Stature, voix profonde et grave, elle EST Vivien Leigh. Une performance d’actrice rare, une performance majuscule.

On termine la journée plus légèrement avec de l’opérette et « La Belle Hélène (et les garçons) » au Théâtre de l’Ancien Carmel. Le pitch est simple : il s’agit de l’opérette d’Offenbach « La Belle Hélène » transposée de nos jours sur le tournage de la 127ème saison de « Hélène et les garçons » ! Le projet signé Martin Loizillon est ambitieux puisqu’il réunit sur scène pas moins de 7 comédiens/chanteurs d’opéra et 1 pianiste pour les accompagner. Et quand on parle de chanteurs d’opéra, on parle ici de vrais chanteurs d’opéra. Citons juste au hasard ou presque et à titre d’exemple Cécilia Arbel mais l’ensemble est de grande qualité. C’est drôle, c’est imaginatif, c’est assez jouissif : exactement ce qu’il faut pour terminer en beauté et en gaité une superbe première journée.

Même si ce n’était pas dans le programme de ce jour #1 mais en amont (disons donc le jour #0 avec « le Soulier de Satin »), je ne peux pas ne pas parler de « La Faille » au Théâtres des Halles. L’œuvre de Serge Kribus nous compte l’histoire de Solee qui supporte mal et décide de fuir ce monde qui l’entoure et qui s’écroule et sa mère qui la surprotège et la couve. Même s’il y a un musicien sur le plateau qui constituera sa seule rencontre,(Léo Nivot) l’ensemble est un quasi-monologue, un cri de près de 90 minutes poussé comme si sa vie était en jeu par l’épatante Mélissa Merlo. Ajoutez à cela la mise en scène de Paul Pascot et les lumières de Dominique Borrini qu’il serait injuste de ne pas citer, vous obtiendrez un coup de poing dont on met quelques temps à se remettre.

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