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La note juste de Sophie Marceau

Dès l’ouverture de la billetterie à Paris, ce sont 18.000 places qui se sont envolées en moins de 24 heures : le théâtre des Bouffes Parisiens a longtemps été trop petit pour fêter le retour sur les planches de Sophie Marceau après 12 ans d’absence (Une histoire d’âme d’Ingmar Bergman) et de trop rares apparitions au théâtre (Eurydice de Jean Anouilh puis Pygmalion de George Bernard Shaw au début des années 90).

Car au final, c’est bien de cela qu’il s’agit, plus que de La Note, la création d’Audrey Schebat qu’elle met d’ailleurs en scène elle-même. L’histoire de Julien (François Berléand), célèbre psychologue bien décidé à mettre fin à ses jours sans laisser le moindre mot d’explication (la fameuse « note ») à sa femme Maud, pianiste mondialement connue, est pourtant un excellent prétexte pour revisiter avec eux les tourments d’un couple usé par l’âge, les habitudes, la routine… Un couple qui cohabite plus qu’il ne vit ensemble. Et puisqu’elle arrive par surprise juste au moment fatidique, ce sera l’occasion pour tous les deux de passer la nuit à s’expliquer, se réinventer, hésiter entre se séparer et repartir sur de nouvelles bases.

On glissera pudiquement sur la mise en scène qu’on pourrait plutôt qualifier de mise en espace, même si les lumières de Laurent Béal et la scénographie de Jacques Gabel donnent à l’ensemble un esthétisme certain. Le texte lui est plutôt bien écrit, pas forcément génial mais bien écrit, parfois à l’os et surtout plus profond que certains aphorismes pourraient laisser penser. « J’ai voulu me donner la mort, mais pas me prendre la vie » explique t’il ainsi… Malgré quelques imperfections techniques sur le plan de la sonorisation des protagonistes, l’humour caustique d’Audrey Schebat fait souvent mouche et la salle rit régulièrement malgré la noirceur de la situation.

Reste donc les acteurs puisque de toute évidence cette production a tout misé sur ses deux stars. La première – François Berléand – est rompue à l’exercice théâtral avec plus de 40 pièces à son actif. En vieux routier, il ne cabotine pas et sait faire preuve de subtilité pour donner à son personnage cet air fatigué, las… La différence d’âge entre les deux acteurs ne pose aucun problème.
J’avoue humblement que de Sophie Marceau je suis fan total depuis La Boum et que même si elle lisait l’annuaire, je serais au premier rang et la trouverais remarquable. Mais là, point besoin de me forcer : dans son très beau costume signé Ariane Viallet, elle illumine la scène. Applaudie dès son entrée en scène, fragile, subtile, toujours juste, avec cette voix grave et ce jeu placé mais jamais maniéré, elle est éblouissante. Et même si je n’ai vu que Pygmalion, je rejoins les mots d’Armelle Héliot dans Le Masque et la Plume : « J’ai toujours aimé Sophie Marceau au théâtre, je l’ai toujours trouvée exceptionnelle (et je pèse mes mots). C’est une fille très intelligente et magnifique ».

Pari gagné donc et public debout au moment des saluts. Il ne reste plus qu’à souhaiter ne pas attendre 12 ans de plus pour la retrouver une nouvelle fois sur les planches.

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