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Une Médée de gala

Les opéras étant malheureusement de plus en plus rares à Montpellier, sachons d’autant plus apprécier la Médée qui nous est offerte en ce mois de mars, cette histoire devenue celle des mères infanticides, cette histoire de Médée dont la fureur se déchaîne jusqu’à sacrifier ses propres enfants pour se venger de Jason, leur père, qui l’a répudiée au profit de Dircé, fille de Créon.

Version originale de ce qui deviendra la plus romantique Medea pour la Callas (entre autres), cette version opéra-comique conserve la plupart des récitatifs parlés en alexandrins pourtant pas un cadeau pour des solistes d’opéra bien que très légèrement allégés pour les soulager et embarque avec elle un peu de texte pour les deux enfants ainsi que des extraits du documentaire Mères à perpétuité de Sofia FISCHER réservés à la comédienne Caroline FROSSARD, représentation contemporaine de l’héroïne.
Ces choix à la fois modernes et ambitieux, on les doit à Marie-Eve SIGNEYROLE qui signe la mise en scène, une superbe mise en scène disons-le tout de suite même si parfois très – trop ? – militante. Difficile d’ailleurs de parler de Marie-Eve SIGNEYROLE sans mentionner avec elle Fabien TEIGNÉ aux décors, Yashi aux costumes et Philippe BERTHOMÉ aux lumières. Tous les quatre nous proposent ainsi un spectacle d’un grand esthétisme, essentiellement dans le noir et blanc, avec de grands pans de murs mobiles et des vidéos signées Marie-Eve SIGNEYROLE et Artis DZERVE soit enregistrées, soit captées en direct qui alternent explications narratives, renvois à l’enfance (les balançoires) et présent en état de décomposition.

Pour que la fête soit complète, il fallait que musique et voix soient au diapason. Dans la fosse (ou dans une loge pour les bruitages de Mathieu OGIER), l’Orchestre National Montpellier Occitanie, placé sous la direction de Jean-Marie ZEITOUNI, fait parfaitement le job. Sur le plateau, la distribution est d’une très belle cohérence. De l’excellente Lila DUFY dans le trop court rôle de Dircé à Marie-Andrée BOUCHARD-LESIEUR dans celui de Néris qui joue tout sur un seul air mais l’emporte à l’applaudimètre, de l’impeccable, élégant et très expressif Edwin CROSSLEY-MERCER (Créon) à Julien BEHR (Jason), sensible, subtil et juste, tous sont à leur place. Mais le rôle, LE rôle, c’est celui de Médée. Et dans celui-ci, l’un des plus larges du répertoire pour une voix de soprano, Joyce EL-KHOURY. La soprano d’origine libanaise incarne réellement les tourments contradictoires de Médée, avec sa diction parfaite y compris dans les scènes parlées et sa voix lui accordant de descendre très bas quand la partition l’exige ou au contraire de monter très haut (et Dieu sait que chez Luigi CHERUBINI ça monte souvent très haut), même si quelques suraigus peuvent alors exceptionnellement souffrir.
Mentionnons également le chœur, en l’occurrence celui de l’Orchestre National Montpellier Occitanie et Noëlle GÉNY dont la mise en scène fait un véritable personnage.

L’œuvre s’achève sur une scène finale des deux Médée, une scène d’une beauté folle, entraînant les bravos d’un public conquis, bravos ne diminuant pas – c’est suffisamment rare pour être mentionné – lorsqu’apparaît sur scène l’équipe artistique.
Oui définitivement cette production du Théâtre National de l’Opéra Comique coproduction Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie/Insula Orchestra vaut le déplacement !

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