Qui m’aime me suive !
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De l’influence d’un nom ou d’un prénom

« Adolf a tué Adolphe » s’exclame Patrick BRUEL dans la célèbre pièce Le Prénom. « Tu ne penses pas qu’Adolf est devenu Adolf parce qu’il s’appelait Adolf », dit-il également. Ce questionnement sur l’importance d’un prénom ou d’un nom dans une vie, sur ce que cela détermine, sur ce que cela empêche, Maguelone VIDAL en a fait son dernier spectacle Qui m’appelle ?

Le pitch ? Deux Maguelone VIDAL sont présentes sur le plateau qu’encadre le dispositif bifrontal mis en place. Elles nous racontent comment leurs vies s’entrechoquent et se mélangent, chacune étant prise pour l’autre, recevant les SMS de l’autre ou bénéficiant des réductions de l’autre. Qu’en aurait-il été si elles ne s’étaient pas appelé Maguelone VIDAL ? Que serions-nous si nous avions comme nom le nom de notre mère et non celui de notre père ? Pourquoi faut-il que les femmes prennent le nom de leur mari, au risque d’endosser avec lui une partie de son histoire ? La suite se fait sous forme de performance vocale avec l’aide de 5 chanteurs (Géraldine Keller soprano, Dalila Khatir mezzosoprano, Anne Barbier mezzosoprano, Flor Paichard contre-ténor et Léonard Mischler basse) et 1 beatboxeuse (Julieta Leca) répartis dans le public. Chacun égrène les noms et prénoms réels des spectateurs présents avec d’en triturer, malaxer, recracher quelques-uns dans un final que Maguelone VIDAL (mais laquelle ?) dirige dans un état proche de la transe depuis la marche d’une tribune comme une véritable chef d’orchestre.

On n’aura pas forcément la réponse aux questions posées mais chacun est sans doute convaincu qu’effectivement, un prénom et un nom déterminent une partie du chemin. Il n’y a qu’à demander par exemple aux Garance dont 25% des candidates au bac obtiennent la mention Très Bien ou encore à la contre-ténor Flor Paichard, sans doute la mieux placée pour savoir ce que signifie de changer de nom puisqu’elle même a modifié son prénom pour accompagner sa transition.

Maguelone VIDAL, décidément spécialiste des formes hybrides puisque l’on avait déjà fortement apprécié La Tentation des pieuvres, musique de la cuisine et cuisine de la musique à la Bulle Bleue pendant le Printemps des Comédiens 2022, a encore réussit son coup. Et même si les quelques rares passages qui s’éloignent des prénoms et noms réels qui font le sel de cette performance forcément inédite chaque soir semblent avoir moins d’adhérence avec le reste du spectacle, l’ensemble reste absurde, drôle, rythmé, lyrique, électronique et conserve un petit côté jouissif qui de toute évidence ravit les spectateurs présents.
Pari gagné !

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