Qui m’aime me suive !
Coups de coeur, coups de gueule, critiques et autres avis tranchés sur à peu près tout

Brunelle : L’art peut bousculer les gens et changer le monde

C’est au Discopathe que nous avons rendez-vous, incontournable bar/disquaire proche de l’Arc de Triomphe, accessoirement un des lieux de la 3ème Montpellier Jazz Week ce qui nous permettra de bénéficier durant l’essentiel de notre rencontre du concert du soir, Banan’n Jug. Comme j’ai 5 minutes de retard et qu’elle est pile-poil à l’heure (« dans la salle du fond » me précise-t’elle gentiment) et déjà servie, il ne me reste plus qu’à passer moi aussi à la tireuse pour être sur un pied d’égalité.

« Elle », c’est Brunelle. « Brunelle LEMONNIER » pour l’état civil mais « Brunelle » pour la scène. Mon coup de cœur d’une soirée de février dédiée par le JAM à 3 de ses élèves auteurs/compositeurs/interprètes, d’où cette envie de la rencontrer. Mais voilà… alors que je pensais rencontrer une musicienne pour parler de sa musique je me trouve face à une jeune femme de 28 ans avec plein de cordes à son arc, plein d’expériences, artistiques bien sûr mais aussi de vie. « C’est souvent le cas des artistes je crois » me dit-elle avec son joli sourire qui ne la quittera jamais de ce début de soirée. Peut-être, mais tout de même !

Brunelle au Discopathe ce lundi

Une vraie touche à tout

Résumons : un père musicien, une mère ethnobotaniste « mais qui inclut des contes dans son travail », une expérience dans le cinéma dès l’âge de 6 ans ou pendant un mois elle tourne Le Frère du Guerrier dans lequel elle a pour père Guillaume CANET et pour parrain Vincent LINDON – excusez du peu !, un départ à 15 ans pour le Puy-en-Velay et son Conservatoire puis à 19 ans pour Paris et l’école Claude-Mathieu dans laquelle elle s’initie à la direction musicale pour ses copains, de la danse jusqu’à ses 18 ans, de la musique (percussions, contrebasse ou encore guitare). Et alors que je tente un « tu es certaine de m’avoir tout dit ? » elle ajoute « ah non, j’ai aussi fait du cirque jusqu’à mes 20 ans » !

Il faut dire que Brunelle a plein de choses à dire, convaincue qu’elle est « de l’efficacité de la lutte non violente, que la seule chose qui compte c’est les gens et le relationnel avec eux, que l’art peut les bousculer et changer le monde ». Du coup, elle compose. Beaucoup. A l’oreille parce qu’elle ne sait pas lire une partition ! Elle écrit aussi et avoue « je suis fière de mon travail de parolière ». Puis ajoute « je dois avoir près de 200 chansons dans mes tiroirs. Toutes ne sont pas bonnes bien sûr mais peut-être que plus tard certaines pourront être retravaillées ». Dès ses 20 ans, elle monte sa propre compagnie L’œil du Renard et créé son premier spectacle Gardarem au sujet des 45 ans de la lutte du Larzac. Elle n’est pas sur scène mais elle en assure l’écriture, les enquêtes, les musiques et la mise en scène. S’il y aura encore deux autres projets par la suite et malgré un peu de nostalgie de cette période, la phobie administrative dont elle s’avoue victime et le Covid auront raison de la compagnie finalement dissoute début 2024.
Mais voilà… Tout n’est pas si rose car depuis 15 ans de graves troubles alimentaires rongent mon interlocutrice. « Je n’ai jamais été heureuse » reconnaît-elle comme un constat, sans pathos excessif. Alors après avoir été longtemps persuadée qu’elle ne pourrait jamais guérir, elle se prend en mains et passe 5 mois en clinique. Elle en ressort transformée et surtout guérie : « Il faut que les gens se rendent compte de ce que ça représente de se battre contre ça, que ce n’est pas un signe de faiblesse. Et que ceux qui sont malades se rendent compte qu’on peut en guérir. »
Pas encore forcément convaincue de pouvoir faire carrière dans la musique, vidée mais surtout guérie, elle s’inscrit au JAM et y rencontre en 2ème année Manon et Margot avec qui elle forme les Sopali Spiez, trio à l’improbable répertoire musiques du Monde/chanson française/rock. Les premiers retours sont excellents. Si on y ajoute cette fameuse soirée que j’évoquais en liminaire et à laquelle l’a poussée à participer Léon, « mon amoureux », voilà deux booster de confiance décisifs dans la nouvelle vie de Brunelle.

Brunelle au Social Bar, lors d’une petite séance avec Manon

De cette nouvelle force elle va faire son nouveau spectacle et je dis bien « spectacle » car c’est son ambition : certes de la musique et du chant mais aussi une histoire (on y parle de maladie, de mort et de nostalgie de l’enfance), une mise en scène, des costumes, des transitions. Elle a tout préparé. Sur scène : Léon à la guitare, au piano et au bugle, Léo aux percussions, Victor à la contrebasse et bien sûr Brunelle herself aux combos et à la guitare. CD ou EP suivront, de même que les réseaux sociaux qui ne lui sont pas encore complètement intuitifs.
Bien entendu, tout ne va pas se faire tout de suite, la demoiselle en est bien consciente. Il y a donc de fortes chances de la rencontrer encore quelques fois – intermittence oblige – avec les Sopali Spiez, avec Tutti Quanti (le groupe de son père), avec l’Ajamo (l’Afro JAM Orchestra) ou même avec le duo Brunelle et Léon. Peut-être de la rencontrer aussi dans la rue avec sa guitare quand elle « fait la manche », un domaine qu’elle aime bien contrairement à ce que l’on pourrait imaginer : « quand je joue dans la rue, je m’impose aux gens. S’il ne se passe rien c’est normal. Si les gens s’arrêtent, c’est qu’ils l’ont voulu et ça me touche. S’ils donnent quelque chose, waouw !!! » dit-elle avec enthousiasme, les yeux grands ouverts vers le ciel et toujours avec son beau sourire.

Vous l’aurez compris, la machine est lancée. Il lui faudra être patiente, mais elle est lancée. « Maintenant, je suis globalement heureuse » conclut-elle. C’est tout ce qu’on te souhaite, Brunelle !

Prochain concert dès ce vendredi 24 mai 20 heures aux Paillottes du JAM.

Laisser un commentaire