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Daddy ou le métaverse au théâtre

La feuille de salle annonce la couleur : « un spectacle déconcertant, cousu de suspens, de surprises et de débordements ». Eh bien c’est exactement ça le Daddy de Marion SIEFERT : une sorte de patchwork hybride et complexe dans lequel se succèdent ou alternent de la vidéo sur un écran couvrant la totalité de la scène (le jeu qui ouvre la pièce ou le dialogue perturbant de naturel entre les deux principaux protagonistes), des références cinématographiques (ici La La Land, là Dracula), des références musicales (Rihana, Bob FOSSE), des numéros chantés, d’autres dansés…

C’est ainsi qu’est mise en scène l’histoire de Mara, 13 ans, harponnée via un jeu vidéo par Julien qui l’entraîne dans un autre jeu qui donne son titre à la pièce, « Daddy », dont le côté excitant et novateur tient au fait qu’on y va avec son vrai corps. Mara y conquiert rapidement une large fan base, devient rapidement une star et surtout la prisonnière d’un engrenage infernal… avant de reprendre pied.
Sur le plateau, Lila HOUEL tient avec brio du haut de ses 15 ans le rôle principal de Mara. Mais les mentions spéciales de la soirée iront à Louis PERES et surtout Lou CHRETIEN-FEVRIER pour leur performance.

C’est parfois brouillon, un peu foutraque, peut-être même un peu boursoufflé, Marion SIEFERT ayant jusqu’à maintenant plus l’habitude de formats plus petits, plus intimistes comme le très intéressant _jeanne_dark_ joué ici même la saison dernière. Certains dialogues sont à peine chuchotés, d’autres dans une pénombre très – trop – poussée. On est parfois à deux doigts de décrocher devant l’hétérogénéité des scènes qui se succèdent mais fort heureusement il y a toujours une scène esthétiquement somptueuse ou une fulgurance dans un texte très bien écrit (la terrible description que fait Mara de ses parents, une mère aide-soignante et un père vigile) pour nous rattraper et nous conserver en vie.

3h20 de spectacle sans entracte, c’est un pari, en tout cas un format rarissime toutes disciplines confondues. Sans doute les montpelliérains sont-ils d’ailleurs plus résistants que les parisiens puisque L’Odéon à Paris a présenté une version avec entracte !
Le temps passe finalement vite, on est toujours intéressé par quelque chose et malgré les quelques réserves émises précédemment, le pari est plutôt gagné. Marion SIEFERT prouve une nouvelle fois tout l’intérêt de son travail particulièrement novateur.

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