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Vertige (2001-2021) : Effectivement vertigineux

Alors que pendant les applaudissements nourris et mérités du public et une standing ovation elle aussi méritée de quelques-uns – dont votre humble serviteur – je cherchais déjà dans mon dictionnaire de superlatifs comment lancer ce post, c’est ma voisine de devant qui m’a offert la solution en lâchant un « ah ouaiiiis ! » doublé de la mimique que vous pouvez imaginer, un « ah ouaiiiiis ! » répété, peut-être peu académique mais tellement efficace pour traduire le choc de cette soirée.

Vertige (2001-2021), c’est l’histoire de sept jeunes gens d’à peine vingt ans qui entrent dans une école de théâtre en septembre 2001. Au fur et à mesure des années qui passent, des évènements qui bouleversent la société (les années SIDA, l’accession de Jean-Marie LE PEN au second tour en 2002, le Covid, les attentats, le début de me too…), on suit leur évolution, leurs amours, leurs rêves réalisés ou brisés… C’est leur destin et comme dans la vie, on en perd certains en route, on les retrouve, ils sont heureux ou malheureux, accomplis ou brisés. C’est tout une époque que l’on revisite, la vie d’une école de théâtre et deux décennies d’une génération.
Pour suivre cette épopée de 2h20, Guillaume VINCENT et Constance de SAINT REMY ont choisi non pas d’alterner mais d’entremêler les passages racontés, les passages interprétés et les passages joués au travers des pièces ou des textes de Brecht, Shakespeare, Sara Kane, Tchekhov ou encore Virginia Woolf.

La mise en scène de Guillaume VINCENT lui-même (signalons également les lumières de Sébastien MICHAUD et la scénographie d’Hélène JOURDAN pour être le plus complet possible) est d’une créativité sans limite et pas une seconde ne se passe sans provoquer l’étonnement. Quelle imagination, quel génie (mention spéciale à la double mise-en-scène de Platonov qui raconte tellement bien le théâtre) ! On alterne le sourire, le rire franc et l’émotion, cette émotion qui retourne une salle en une fraction de seconde et la plonge en apnée dans le plus total des silences qu’aucun bruit de pop-corn ne vient troubler (pourvu que cela dure…).
Sur le plateau, la distribution composée de comédiens de la Promotion 6 de l’Ecole du Nord est idéale. Chacun son style, chacun son interprétation (au sens premier du terme), chacun sa pierre à l’édifice. Tous passent les 2h20 sur le plateau, tous doivent être cités et félicités à la même hauteur : Suzanne de Baecque, Adèle Choubard, Solène Petit, Maxime Crescini, Simon Decobert, Joaquim Fossi et Rebecca Tetens.

Je cherche désespérément une réserve à émettre mais il faut se rendre à l’évidence : de la première a la dernière seconde c’est un émerveillement sans fin et un sans faute.

Oui, ce Vertige (2001-2021) est un choc théâtral et même un choc émotionnel tout-court. Un choc comme on n’en prend pas tous les ans, comme on signerait pour en connaître un tous les deux ou trois ans par exemple. Comme l’a si bien écrit Joëlle GAYOT dans Le Monde : « Le temps est un éternel recommencement, la relève est là et le théâtre n’est pas près de crever. »

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