19h50, ouverture des portes. Le public peut tout doucettement commencer à prendre place. Bruno RALLE et Romane BOHRINGER sont déjà sur scène, rideau ouvert. Lui est sagement assis sur un tabouret de musicien, derrière son clavier et sa guitare. Elle est pieds nus et marche sur la scène, lentement. Elle fait des allers-retours tout en se décontractant genoux, bassin, épaules, coudes, mains, doigts… Le public fait comme si de rien n’était, discutant plus ou moins discrètement, en tout cas ne faisant que peu de cas de la présence sur scènes des deux protagonistes. Insupportable public !
Lorsque la pièce commence en revanche, la magie opère. A travers Respire, Sophie MAURER nous délivre un appel, un cri. Un cri d’une mère (qui a du mal à prononcer le simple mot de « maman ») lance depuis le couloir de l’hôpital à sa fille qui vient de naître mais qui ne parvient pas à respirer d’elle-même, un cri qui encourage cette petite créature à passer au-dessus de toutes les incertitudes et de tous les tremblements de notre monde pour découvrir tout ce qui en fait aussi sa beauté : le premier mot… le premier pas… le premier baiser… Un cri pour maintenir cette petite en vie à moins que ce soit un cri pour nous maintenir nous aussi en vie.

Accompagnée à la guitare et au clavier par Bruno RALLE sur une musique signée Baloo Productions, superbement mise en valeur par les lumières de Lucas JIMENEZ et la mise en scène dépouillée et totalement centrée sur elle signée Panchika VELEZ, Romane BOHRINGER nous rapte littéralement. Elle habite totalement cette mère de ses doutes, de son enthousiasme, de ses peurs et surtout de son amour. Sa voix chaude et grave de fumeuse est exactement celle qu’il fallait et c’est bien en apnée que nous traversons tous cette heure pendant laquelle se joue ni plus ni moins que la vie ou la mort de son enfant.
Un spectacle qui touche par la grâce de son interprète et qui nous bouleverse parce que bien sûr il est universel.

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