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Jean VILAR : L’exigence au quotidien

Dans le cadre biennal des Journées Jean-Vilar organisées à Sète ce week-end, l’idée a été émise de donner lecture de quelques notes de services émises au fil de sa carrière par celui qui concevait son théâtre comme « un service public », à l’instar des services de l’énergie (gaz ou électricité).

Tout à la fois écrivain, comédien, metteur en scène, chef de troupe, directeur de tournée, créateur de Festival (Avignon, c’est lui !) ou directeur de théâtre (comment ne pas mentionner l’importance de son empreinte au TNP), Jean VILAR avait l’œil sur tout : le comportement de la troupe à l’étranger, le soin pris par les acteurs de leurs costumes de scène (leur « outil de travail  »), leur maîtrise tu texte, le comportement des ouvreuses vis-à-vis des spectateurs, les devoirs du public retardataire, les notes de taxi abusives consécutives à des répétitions tardives, l’importance de tous les corps de métier… dont tous ceux moins visibles qui ont œuvré avant que ne soit délivrée la représentation, le phrasé des comédiens, les distances entre eux, le moment auquel on abandonne son personnage (pas avant d’avoir réellement quitté la scène mais pas non plus trop tard, les rôles ne se poursuivant pas dans les coulisses), les tapis de porte qui doivent être installés à chaque entrée de plateau afin de ne pas salir les tapis de scène, la nécessité de battre ces derniers plus souvent afin que le moins de poussière possible ne s’en échappe pendant les représentations… rien n’échappe à son  œil attentif et exigeant.
Le choix judicieux des notes de service données en lecture permet aussi d’illustrer la hauteur de vue et l’exigence globale que portait l’homme à son métier, à l’utilisation des subventions, au Théâtre en général – avec un « grand T » – et à son rôle sociétal, à la place de l’acteur (fût-il un géant comme Georges WILSON ou Gérard PHILIPPE) par rapport à l’œuvre ou aux autres parties prenantes.

Pour mettre tout cela en valeur, il fallait une mise en espace de qualité. L’écrin retenu de la grande salle du Conservatoire Manitas-de-Plata est superbe. Sur le grand plateau : un fauteuil moderne et un tabouret de pianiste, chacun derrière sa petite table trépied. L’un, à gauche avec son micro, est pour Marie-Christine BARRAULT, formidable passeuse, lectrice remarquable dont la voix et les intonations parfois graves, parfois sévères ou parfois malicieuses en fonction des sujets mettent parfaitement en valeur chaque mot dont on devine que Jean VILAR ne l’a pas choisi par hasard. L’autre est pour Pascal CONTET, chargé de la mise en musique. Avec son accordéon, lui aussi s’adapte aux lectures : tantôt calme, tantôt plutôt solennel, parfois énervé, il est l’habillage parfait qu’il fallait.

Avec ce spectacle – gratuit faut-il le souligner – ceux qui aiment ou s’intéressent au théâtre dans ce qu’il a de plus grand ont pu découvrir tout ce qui concerne le quotidien d’un homme d’exception alliant perfectionnisme et idéal. Et ça, par les temps qui courent, ça fait du bien !

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