Lorsque vous faîtes le pitch de Geli en annonçant qu’il s’agit de l’histoire de la demi-nièce d’Hitler retrouvée « suicidée » à 23 ans une balle dans la poitrine dans le bureau de son oncle, attendez-vous à voir votre interlocuteur faire une drôle de tête et vous demander ce qui a bien pu vous passer par la tête pour aller voir un tel spectacle. Pourtant, c’est bien cela, Geli (prononcez « gué-li » puisque c’est d’allemand qu’il s’agit). Mais c’est bien plus aussi puisqu’il s’agit de l’histoire d’une jeune femme amoureuse de la mauvaise personne au mauvais moment et surtout d’une réflexion sur la création, l’écriture, la responsabilité, sur le monde.
Cette rencontre contemporaine entre un écrivain qui se rend à Munich pour écrire une pièce qu’il traine depuis 10 ans sur Angela Maria Raubal (la fameuse « Geli« ) et son sujet (on pourrait presque dire son fantôme) qui lui apparaît pour converser avec lui dans un duo aux sentiements exacerbés est finalement celle de deux êtres un peu perdus à la recherche de leur propre histoire, de leur propre amour.
Diastème a écrit et mis en scène un texte au scalpel. Il est admirablement servi par Frédéric Andrau – un habitué – et par Aliénor de la Gorce qui habite Geli avec un talent fou, le duo étant parfaitement mis en valeur par les lumières de Stéphane Baquet et la musique de Mathieu Morelle. Tous deux sont bouleversant de la première à la dernière seconde jusqu’à nous arracher des larmes dans un climax final dont on ne sort pas indemne.

On ne saura sans doute jamais si cette jeune fille qui aimait rire, chanter et danser comme bien d’autres s’est suicidée ou a été suicidée. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il s’agit sans doute de la seule femme qu’Hitler ait véritablement aimée, celle dont la disparition a fait que « les graines de l’inhumanité ont commencé à germer » en son sein selon son photographe et ami Heinrich Hoffmann.
Tout ce que l’on sait, c’est que cette Geli continuera à nous habiter pendant longtemps… Si vous croisez son chemin, n’hésitez pas.

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